Chez « Fassotte »
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Quel est le Saint-Walburgeois qui n'a jamais acheté des fleurs ou une plante chez Fassotte ? ll ne doit pas y en avoir beaucoup, tant cette maison spécialisée dans l'art floral était connue de tous. Saint-Valentin, Noë1, Nouvel An, communions, mariages, décès, autant d'occasions pour elle de faire valoir son goût pour le travail bien fait.

Pour beaucoup, le fleuriste Fassotte faisait partie intégrante de la rue Sainte-Walburge, offrant par la décoration de son étalage, une palette de couleurs et de fraîcheur.

Mais depuis quand ce vénérable magasin est-il installé ? Pour en savoir plus, laissons la parole à Simone, la fille de Robert Fassotte.

Robert Fassotte est né en 1914 à la vieille ferme, située derrière la laiterie de la Citadelle. Pour être exact, cette ferme a disparu et la laiterie est devenue les installations de FC Pierreuse. Robert fut éduqué par ses grands-parents. Vers l'année 1925, ceux-ci s'installèrent au 125 de la rue Sainte-Walburge et se lancèrent dans l'horticulture. À cette époque, les terrains jouxtant l'arrière du bâtiment s'étendaient bien au-delà de ce qui sera plus tard l'avenue Victor Hugo.

Robert fréquente l'école d'horticulture et termine ses études avec tous les honneurs en étant premier de classe.

En 1935, il fait son service militaire au régiment, bien liégeois, du 12e de ligne, caserné à cette époque à la Citadelle. Il eut l'occasion de mettre ses talents de fleuriste à l'honneur, lors du décès de La Reine Astrid. En effet, c'est lui qui fut chargé de confectionner une couronne de fleurs, pour le 12" de ligne, en hommage à la Reine.

Sa grand-mère décédant la même année, c'est sa maman qui vient habiter au 125, rue Sainte-Walburge afin de l'aider dans son entreprise. Sportif, il garde les buts au bon vieux football club liégeois avec une certaine réputation.

Puis vient la guerre 40-45. En même temps, on expropriait les terrains en vue de l'aménagement de la future avenue Victor Hugo. À ce moment, il cultivait beaucoup de plantes à repiquer (géraniums, dahlias, bégonias, pensées...), des légumes de toutes sortes et des fleurs à couper (roses, glaïeuls. dahlias...) qu'il mettait en vente dans son magasin. La superficie cultivable s'étendait sur une largeur de cinq maisons et une longueur allant jusque la nouvelle percée de l'avenue Victor Hugo. Une seule serre était construite.

À la fin de la guerre, vers 1946, ll se lança dans le commerce de gros. Son ami de toujours, Albert Massart de Rocourt lui céda une partie de sa clientèle. Avec cet apport, il devait chaque semaine se rendre à Gand en train, passer commande de plantes qu'il recevait par les transports Frippiat (prédécesseur d'ABX).

Ces mouvements durèrent plusieurs semaines. Puis il acheta une camionnette et fit construire deux nouvelles serres. À partir de ce moment, commence pour lui la grande aventure de la maison Fassotte.

En 1947, il achète la maison de chez Gruns au 119 de la rue Sainte-Walburge. Il transforme le magasin existant pour en faire un magasin de luxe. Pendant ce temps, son commerce de gros ne cesse de progresser. Il a des clients un peu partout dans la province, avec Houffalize et Vielsalm comme points de vente les plus éloignés.

Deux fois par semaine, il se rend à Gand pour choisir et ramener ses plantes. Après le déchargement, il fallait déballer, ranger dans les serres puis téléphoner aux clients (une cinquantaine), réemballer et préparer les commandes pour la livraison.

Entre-temps, ses serres avaient poussé comme des champignons (7 serres et 1 couche).

En période de Toussait, sur 12 jours, il faisait 20 voyages à Gand plus les livraisons chez ses clients. Autant dire qu'il roulait de jour et de nuit. Le magasin, lui aussi, prenait de l'ampleur. C'était le domaine de son épouse ; aussi, cela demandait beaucoup de travail et de patience allant e la vente du simple bouquet jusqu'à la réalisation de montages floraux à l'occasion de fêtes ou d'événements moins joyeux.

Une fois par semaine, accompagnée de son fils, elle se rendait au marché de Bruxelles afin de s'approvisionner en fleurs coupées. Ils quittaient Liège à 4h30 du matin. C'était une période de pleine activité. Lors des réveillons, le magasin restait ouvert le soir jusque minuit et, le matin du Nouvel An, les portes étaient ouvertes dès 6 heures.

Au moment des communions, toute la famille passait la nuit à préparer les commandes. Tout se faisait en famille ; époux, parents, beaux-parents, fils et fille. Cette dernière a travaillé dès l'âge de 13 ans dans le commerce ; c'est elle qui établissait les factures.

En reconnaissance de ses mérites professionnels, l'union des fleuristes des provinces de Liège, de Namur et du Luxembourg, nomma Robert Fassotte président.

Vers l'âge de 50 ans, il abandonne le commerce du gros pour se consacrer à la culture des petites plantes à repiquer telles que géraniums, pétunias, tagètes, lobelias et bégonias. Avec d'autres horticulteurs, il approvisionnait le service des plantations de la Ville de Liège et, aux écoles de la ville, il fournissait le bégonia de la fête des Mères.

En 1878, âgé de 64 ans, il prend une pension bien méritée. Il cède son entreprise à son fils Robert qui se lance et se spécialise dans la décoration florale de foires et d'entreprises.

En 1999, les portes se sont fermées pour toujours.

Sainte-Walburge n'ira plus chercher ses fleurs « Chez Fassote » comme on disait si souvent chez nous.

Jean de la Marck

Paru en brochure

Ce récit a été publié au sein de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Cent ans de vie quotidienne en page 27.
Couverture de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Cent ans de vie quotidienne