Le photographe de rue
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Photos d'identité de Jean de la Marck
Jean de la Marck

On aurait pu croire que le photographe réalisait des relevés topographiques. Il n'en était rien bien sûr. Il était là pour photographier le plus souvent et le plus possible. Vous vous promeniez et brusquement vous vous trouviez devant l'objectif. Un signe de main, signifiant une invitation, un tour de manivelle et puis hop, vous étiez dans la boîte. Un ticket reçu vous permettait alors d'aller retirer votre photo dans un magasin spécialisé. Bien entendu, si la photo ne convenait pas, vous n'étiez pas obligé de l'acheter. Mais force est de constater qu'au vu des photos que j'ai retrouvées, on se faisait souvent photographier dans la famille. Les photos, en noir et blanc, avaient cet avantage, pour l'époque, d'être prises sur le vif et presque toutes étaient réussies.

J'ai refermé l'album de famille et suis revenu dans le temps présent. Le photographe de rue a disparu depuis longtemps, dépassé par le progrès.

On n'arrête pas le progrès. Prenons comme exemple : la photographie. Vous voyez de plus en plus de gens, un appareil photo en main. Pas n'importe quel appareil ! Maintenant nous sommes à l'ère du numérique. Plus besoin de films : l'image est directement enregistrée sur une carte mémoire. L'échange s'opère facilement sur un ordinateur ou une imprimante. On peut donc tirer un grand nombre de photos.

Monique et Suzanne Coipel
Monique et Suzanne Coipel

L'avantage d'un appareil numérique est de pouvoir visualiser directement la photo réalisée grâce à un petit écran. Maintenant on photographie tous azimuts et n'importe quoi ; ce ne sont pas les sujets qui manquent. Le bon vieil appareil de papa peut être remisé dans le tiroir et celui de grand-papa aux oubliettes.

Depuis Niepce, inventeur de la photographie, les gens ont toujours bien aimé de se faire tirer le portrait. Cela se faisait, souvent en studio, par un professionnel de la pellicule. On prenait alors une attitude sur commande, en beau costume, le sourire absent, un bras posé sur un balustre couronné d'une tablette.

Jean de la Marck et sa mère Jeanne Franck
Jean de la Marck et sa mère

Au fil du temps, les appareils et les techniques évoluèrent à un point tel que chaque famille pût acquérir un appareil photo. C'était bien souvent une boîte carrée munie d'un objectif avec un petit viseur sur la partie supérieure. L'ouverture de l'objectif se faisait au moyen d'un petit bout de métal, fixé sur un côté de l'appareil, que l'on abaissait d'un coup de pouce.

Pour réaliser une photo, le ou les personnes devaient se tenir à une certaine distance, bien immobiles et bien groupées. L'opérateur tenait l'appareil à deux mains ; bien en place, à hauteur du nombril. Un coup d'œil dans le viseur pour s'assurer que tout le monde était bien en place, puis après avoir dit « on ne bouge plus », il actionnait l'ouverture de l'objectif. Au moindre mouvement de chaque côté, la photo était brouillée. Quelques-uns possédaient quand même des appareils plus perfectionnés qui permettaient de prendre des photos en mouvement, genre Leica ou Zeiss.

Dans ma famille, nous n'avions qu'une « boîte ». C'est ainsi qu'en compulsant un album de photos d'époque, je n'ai retrouvé que des personnes un peu figées ou des paysages. Toutefois, en regardant certaines d'entres elles, j'ai constaté qu'elles avaient été prises en marchant dans la rue. Cela fit « tilt » dans ma mémoire et je me suis rappelé qu'en ville, sévissaient des photographes. Ils s'installaient aux endroits de grand passage : rue Joffre, en face du café Charlemagne (Quick actuel), place de la République Française, bas de le rue Haute Sauvenière (avant transformations), en Vinave d'Ile (face au Paris XL). L'appareil photo (genre caméra de cinéma) était posé à hauteur d'homme, sur un trépied en bois à la manière d'un théodolite.

Jean de la Marck

Paru en brochure

Ce récit a été publié au sein de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Souvenirs d'habitants en page 64.
Couverture de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Souvenirs d'habitants